Dois-je me cacher ?


lotus bleu

J’ai longuement hésité à écrire et poster ce billet, les futures mamans, je ne sais pas trop si vous devez le lire en toute honnêteté. Il me trotte dans la tête depuis quelques jours. Je comprends parfaitement que ce qui m’est arrivé (Cf : la vie peut tout reprendre en un instant ) puisse effrayer des futures mamans, mais la question que je me pose est : est-ce que je dois m’en cacher ?

J’ai vu hier sur le net des photos d’une maman et d’un papa avec leur petite fille mort-né, belles, pas  de voyeurismes du tout. J’ai commencé à lire quelques commentaires pour voir ce qu’en pensaient les gens, s’ils y avaient de la compassion pour le courage de cette famille. Et hélas certains commentaires étaient à mon goût d’une violence inouïe ! Du genre : oh, mais ils ont fait cela pour l’argent, on n’expose pas un bébé mort sur le net, c’est horrible, etc. Un goût de bile m’est monté à la gorge. Ces parents ont voulu immortaliser leurs seuls instants avec leur fille, avec des photos en noir et blanc faite par une photographe pro qui a su capter le bonheur dans toute cette triste histoire. Les gens postent des photos d’animaux sanguinolentes tous les jours notamment sur FB et je n’ai jamais vu de commentaires aussi violents envers ceux qui les postent ! Alors pourquoi le fait de montrer ce qui peut arriver est à cacher absolument ?

Aujourd’hui, j’ai dû me rendre à mon travail (la Poste) pour des timbres et autres bricoles. Une cliente qui m’a vue enceinte était là, et ma collègue m’a dit d’aller m’asseoir dans son bureau. Sur le coup, je n’ai pas trop compris, je me suis dit que ma collègue pensait que voir cette ancienne cliente enceinte avec un joli bidon allait me faire de la peine. Erreur, une fois la cliente partit ma collègue me dit, c’est bon, tu peux venir, je ne voulais pas qu’elle te demande pour toi et ton bébé et que tu lui dises ce qu’il t’est arrivé ! Tu comprends, elle accouche le 2 octobre donc pas besoin de la stresser !

Un vide s’est ouvert sous mes pieds ! J’ai été assez naïve pour croire que c’était pour me protéger. Non, en fait, j’étais la chose à cacher ! Le monstre qui fait peur, non pas aux enfants, mais, aux futures mamans ! J’ai ressenti et ressens toujours un point au cœur. Je n’ai pas demandé à ce que cela m’arrive, je voudrais tellement que cela ne me soit pas arrivé ! Mais est-ce que je dois mentir aux autres ? Me cacher, cacher ce qui est arrivé à Milan ? J’ai l’impression d’être devenu un tabou vivant !

Je sais que mon histoire n’est pas facile à entendre pour une future maman, mais, peut être que si l’on savait que cela peut arriver, on prendrait chaque jour de grossesse comme un cadeau précieux. Je ne suis pas la seule à avoir vécu ce genre de drame, mais toutes les mamanges doivent-elles se cacher ?

Aujourd’hui, j’ai cette désagréable impression qu’en plus d’avoir perdu mon bébé, j’ai perdu également ma légitimité de mamange. En gros soit mamange mais surtout tais toi et n’en parle pas …

À vous autres mamanges avez vous déjà vécu ce genre de situation ? Eu ce sentiment ? Merci.

Prenez soin de vous. Bises.


7 réflexions sur “Dois-je me cacher ?

  1. Voilà un billet qui ouvre le thème récurrents des parents endeuillés. Je vais être assez directe mais n’y voyez aucun mal car vous savez que j’ai vécu le même drame que vous et que je n’ai pas à vous juger ou encore moins à vous faire du mal. Là n’est assurément pas mon propos. Mais observez autour de vous, sur les forums de parents endeuillés notamment, mais aussi entre parents endeuillés le thème qui revient est : « c’est tabou » « je suis mise à l’écart » « personne ne reconnaît ma souffrance »….Vous savez si vous voulez que le deuil périnatal soit connu et que la parole puisse circuler vous êtes la mieux placée pour le faire vous-même. Dans votre exemple ci-dessus, ne serait-ce que pour votre fils Milan, répondre à votre collègue en lui énonçant ce que vous ressentez et la mettre au courant aurait été un soulagement pour vous et vous seriez devenu responsable et non coupable des agissements des autres. Une des clés pour souffrir moins et agir plutôt que subir. Les gens ne disposent pas de « boule de cristal » vous apprenez vite lorsque vous êtes touchés notamment par le deuil périnatal (ou autre d’ailleurs)…

    Vous voyez l’autre jour, je me suis retrouvée dans la situation où à la pharmacie (dans laquelle je me rends depuis 18 mois soit depuis la naissance de ma fille) où j’ai appris aux pharmaciennes que ma fille n’était pas notre aînée mais bien la seconde de sa fratrie. La pharmacienne me répondit ceci: « ah mais ça va si votre bébé est mort à 5 mois de grossesse. » Si je n’avais pas pris conscience que j’ai un devoir d’éducation au deuil périnatal (pour être cohérente avec moi-même tout comme vous d’après ce que je lis ?) je n’aurais rien dit et je me serais retournée la tête en rentrant. J’aurais été victime de moi-même. Il n’y a que les victimes qui se cachent ! Or, là j’ai répondu calmement à la pharmacienne: « vous voyez vous êtes au premières loges madame pour répondre face à une maman ou un papa qui vivrait ce drame familiale. Sachez que lorsqu’on est enceinte, vous avez des enfants vous aussi, vous faites des projets pour votre bébé, et même si bébé part trop tôt, les parents sont bouleversés. Faîtes attention à ce que vous dîtes et apprenez à vous taire si vous ne savez pas quoi dire vous ferez moins de dégâts. Soyez empathique. » Elle s’est excusée me disant qu’elle ne s’était pas rendue compte de son propos. Ses excuses m’ont fait du bien et vous savez pourquoi ? parce que je me suis sentie reconnue. Parce que j’ai défendu mon fils ! En tant que mam’ange je suis responsable de mon fils même s’il ne vit pas avec nous. Ce qui est sûre c’est que grâce à mon répondant, je sais que cette pharmacienne ne dira plus ce genre de parole blessante à des parents endeuillés. Elle réfléchira.Parce que si tout le monde se tait elle continuera ! Mais pour cela il faut éduquer ceux qui ne sont pas passés par là ! Vous voyez aujourd’hui je pense que tous les parents endeuillés devraient parler. Ce sont eux qui doivent ouvrir le chemin aux autres. C’est leur devoir. Ceux qui n’ont pas vécu le deuil périnatal ne peuvent pas imaginer. C’est INIMAGINABLE. Cela fait PEUR. Vous pensez que vous auriez réagi correctement vous, si vous n’aviez pas vécu ce drame ?
    La voix est un bon moyen de faire passer les messages. Pour cela, il faut avoir soi-même compris le sens (et non des raisons) du départ de son propre enfant pour pouvoir ouvrir le chemin aux autres.Cela prend du temps, et n’enlève rien à la douleur ou à la souffrance mais je ne lutte plus, je ne combats plus la mort de mon fils. J’accompagne ceux qui l’ont vécu et j’accompagne ceux qui ne connaissent pas ce drame pour qu’ils puissent être soutenant avec les parents endeuillés. C’est une toute autre approche. Je suis responsable. Je ne me comporte pas en victime de ce que j’ai vécu. Les personnes qui ne sont pas touchées par le deuil périnatal sont gauches parce qu’ils ne savent pas comment faire. Ils ne se rendent pas compte. Ils ne font pas exprès. C’est à vous, pour votre fils et pour tous les parents endeuillés d’apporter concrètement une pierre à l’édifice. Parler, exprimez-vous face aux personnes qui font des remarques ou des gens qui ont des comportements désobligeants comme votre collègue. Mais faites-le dans le calme. Pour qu’ils puissent vous entendre. Vous vous sentirez mieux et vous aurez le sentiment d’avoir agi pour la reconnaissance de votre statut de mam’ange. Vous n’êtes pas victime. Vous êtes une femme responsable de vous (non pas de la mort de votre bébé car sinon ce serait cautionner le crime : un individu n’a pas le pouvoir de vie ou de mort sur un autre individu). Et lorsque vous êtes responsable de vous, vous vous donnez la possibilité d’agir. Vous ne subirez plus les autres parce que vous ne vous positionnerez plus en tant que victime.
    Ayez confiance vous avez tout ce qu’il faut défendre votre Milan et votre statut de mam’ange.
    Prête ?
    😉

  2. Ouf! C’était tellement pas délicat! Je n’ai pas eu à faire face à une situation aussi claire depuis le décès de mon fils, mais moi aussi j’ai parfois l’impression d’être mise à l’écart, l’impression que l’on m’évite. Et ce n’est pas facile de nommer cela à haute voix. Pour ma part, je crois que c’est bien de le dire mais qu’il faut d’abord prendre soin de soi et de son deuil et éventuellement éduquer les autres si on se sent la force de le faire… Bon courage.

    1. Merci Tiphaine, il est certain que lorsque le deuil est moins à vif, il est plus facile de répondre sans s’énerver. Et quand bien même vous avez le droit de vous faire passer en premier 😉
      Bien chaleureusement,

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