3 mois.


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Ce billet pourrait faire penser à un article de future maman décrivant le cours de sa grossesse. Ici, il n’en est rien. C’est un journal qui décrit le cours de ma vie depuis le soir où j’ai su que ton cœur avait cessé de battre.

Il pourrait être publié le 17 jour où je t’ai accouché ou le 23 date à laquelle nous t’avons mis en terre. Mais, aujourd’hui, j’ai en besoin.

De toutes façons, les dates ne changent rien au final, tu n’es pas là. Je progresse dans la voie du deuil, mais j’ai toujours mal à en crever. Je vois de belles photos de bébé tout juste né et les larmes coulent toutes seules. Je ne ressens pas dans jalousie dans le sens où les mamans ont droit à ce bonheur, mais une sorte de douleur du fait que moi aussi, j’ai rêvé ce moment où l’on te poserait sur mon ventre. Je n’y ai pas eu le droit… Juste eu le droit de  voir la sage-femme s’enfuir avec toi recouvert de tissu vert pale et revenir plus tard me dire que oui ça va tu es beau et que l’on peut te voir. Je ne t’ai eu que quelques instants, mais ces instants sont gravés en moi pour la vie.

Ton père t’a trouvé tellement beau qu’il t’a de suite pris en photo malgré ses larmes. Avec le recul, je me dis que j’aurai regretté de ne pas te voir, regretté de ne pas t’avoir accouché comme tes frères. Peut-être que cet accouchement tardif était afin, que je puisse prendre la décision de te voir, ce que je refusais les deux premiers jours à l’hôpital en attendant d’accoucher.
Je relis les billets que j’ai écrits, ceux qui parlent de cette douleur de t’avoir mis au monde « normalement » mais c’est une bonne chose finalement. Même si celui-ci a été le plus douloureux que se soit physiquement que psychologiquement, je ne regrette plus.

J’ai compris aussi que s’il a été si dur pour moi de te faire sortir de mon ventre durant cet accouchement, c’est parce que je voulais te garder plus longtemps en moi…

Pour en revenir à cette soirée, je revois tout, le visage de la sage-femme, de l’auxiliaire puéricultrice le sourire figé lorsqu’elle regardait sa collègue faire l’échographie après avoir passé 20 bonnes minutes à chercher  ton cœur. Le monito ne m’inquiétait pas ! C’est vrai à chaque monito, tu étais tellement mal placé qu’il fallait l’écho donc je pensais que ça allait faire pareil. Elle a fait sortir ma zozo, j’en ai souri , elle n’avait pas besoin de voir mon gros ventre tout vergeturé .

J’ai compris que quelque chose n’allait pas lorsque la sage-femme m’a regardé en me disant : « vous savez, je ne suis pas très doué en échographie ». Mon sang s’est d’abord glacé, mes tympans ont bourdonné et j’ai compris. Compris qu’elle ne voulait pas me l’annoncer, compris que tu étais parti. Lorsque mon gynécologue est entré, j’étais sûre de t’avoir perdu à tout jamais ! Lui qui était toujours souriant, avait l’air grave en entrant, il m’a dit bonsoir, mais le ton de sa voix sonnait trop faussement normal.

Lorsqu’il a scruté l’écran, le cours instant où j’ai cru que tout allait bien, j’ai vu à son visage que je me trompais. Mes doutes étaient fondés. J’ai vu ses yeux brillés, je l’ai vu me regarder avec un air grave que je ne lui connaissais pas, il a serré mon genou et a juste dit : « je suis tellement désolé, le cœur ne bat plus ». Je crois que j’ai hurlé … Non, j’ai hurlé, mais dans mon souvenir ce son ne pouvait pas sortir de moi, maintenant encore, je doute d’avoir pu produire un son aussi dur et terrifiant. J’ai serré mes mains sur mon ventre comme pour te faire signe de revenir, leurs montrés qu’ils s’étaient trompés..

Rien ne s’est passé, puis on me change de salle, prise de dizaines de tubes de sang, retour à l’échographie pour les clichés obligatoires montrant ton petit cœur à l’arrêt. Puis retour à la case maison, où j’ai menti aux enfants au début disant que tout allait bien, qu’il n’y avait juste pas de bébé. J’ai vu mon mari hébété, comme anesthésié, je sais qu’il n’a pas réagi lorsque mon amie l’a appelé, mais je sais pourquoi maintenant, la nouvelle était trop dure à encaisser. Ce soir-là, ma zozo a descendu toutes tes affaires au sous-sol hors de ma chambre, je n’aurais pas pu les voir, ton papa a démonté ton lit, et notre chambre est revenue comme si tu n’avais jamais été là. Nous avions besoin de faire cela ce soir-là, mais j’ai gardé tous tes jolis vêtements, hormis ceux que nous t’avons mis pour partir, ainsi que le bola qui t’as bercé, le doudou et ta première tétine que tu aurais dû avoir à ta naissance. Oui ce soir là est ancré en moi, le fait de rentrer avec toi ne vivant plus dans mon gros ventre, de devoir revenir le lendemain pour commencer le déclenchement. Mais au final, tout cela était une épreuve que nous avons réussie à passer avec ton papa .

Voilà trois mois  que je sais que tu nous as quittés, 3 mois que tu me manques…

Je t’aime mon Milan à jamais.


13 réflexions sur “3 mois.

  1. aucun mot ne saurait vous réconforter , effacer cette douleur si intense , aucune maman ne devrait traverser cela , mes pensées vont vers toi et ta famille

  2. Je découvre ton blog et ton histoire. Je ne peux pas vraiment comprendre ce que tu as vécu, mais au final nous avons toutes les 2 perdu un enfant. Mon fils est décédé de mort subite à l’âge de 6 mois..
    Je voulais juste te donner tout mon soutien et te dire que ton texte est très beau
    Pleins de pensées à ton petit Milan…

    1. Merci. Cela doit être très dur pour toi car tu as vécu avec lui 6 mois …. Aucun parent ne devrait subir cela mais ça arrive hélas. Pleins de courage à toi et merci pour le soutien. Entre mamanges on arrive a ce comprendre.

      1. C’est très dur oui, mais je trouve que ta situation l’est encore plus… Nous avons eu l’immense chance de le connaitre et de le bombarder de photos et vidéos… Si c’est le prix à payer de le perdre pour avoir eu la chance de le connaitre 6 mois , je le paye! …
        Courage à toi aussi !
        (si tu es curieuse tu peux aller lire ce que je note sur le décès de Tom sur mon blog…)

        1. Merci ❤ et je lis régulièrement ton blog déjà 😉 .J'ai surtout que quelques photos , mais j'avoue que parfois j'aimerais avoir un peu plus …

  3. Bonjour j’ai déjà parcouru votre journal. Nous avons perdu notre fille il y a un peut plus d’un mois.a quatre jour de mon accouchement! Et j’aimerai pouvoir en discuté avec une maman qui elle m’aime traverse cette atroce souffrance que seul peut comprendre!

      1. Les médecins dise que la douleur s’atténuera et que on pourra en parler un jour avec le sourire mais pour ma part je n’y croi pas comment sourire d’un vide immense de ce seul souveni de notre magnifique petit ange endormi!Es que vous pouvais me dire vos ressenti! J’ai l’impression d’être à tous jamais la mais sans plus aucun envie n’y plaisir sauf pour notre fils qui va avoir 2 ans la seul raison d’être debout

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