Changer.


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Hier une mamange a posé une question qui m’a interpellé sur un forum de parents endeuillés, avez-vous changer de personnalité depuis le décès de votre bébé ?

J’y ai longuement réfléchi, et oui, je sais que j’ai changé, peut être pas en mieux, mais pas en moins bien. Plus dans la protection, moins dans l’insouciance, je n’ai plus ce luxe.

Ce qui a changé chez moi ?

Je suis plus vigilante, voir trop. Le moindre danger est évalué à des kilomètres à la ronde, symptôme post-traumatique comme dirait l’autre. Les minimoys ne comprennent pas toujours pourquoi je pars au quart de tour mais je prends le temps de leur expliquer le danger que j’ai perçue pour ne pas trop les déstabiliser.

Je relativise beaucoup mieux les tracas de la vie courante. Oui avant un euro de découvert m’aurait bouffé l’esprit, maintenant pfft ça change rien, comment dire il y a beaucoup plus important dans la vie, et mon argent ne me suivras pas dans la tombe,donc je pourris plus encore les minimoys . La vie est courte voir trop donc Fuck le banquier, j’ai déjà passé le pire, je crois donc une soufflante de sa part, c’est juste du pipi de chat !

Je prends du recul. C’est peut-être le point le plus négatif. J’ai besoin de me mettre en retrait face aux questions bébés, aux grossesses, même si je suis hyper heureuse pour mes amies et leurs futurs, j’ai besoin de me mettre en arrière. Je ne peux pas m’investir dans leur bonheur, je n’y arrive pas sauf de loin. Cela peut paraître pour de la jalousie, mais non pas du tout. Juste que m’investir de trop reviendrais à prendre la Doloriane de McFly pour faire des allers-retours entre ces 4 mois et maintenant. Et pour le moment je ne peux pas gérer, je ne sais pas si je le pourrais à nouveau mais pour le moment je n’ai pas développée de côté sadomasochiste qui me permette de tenir . Je m’y intéresse, mais de loin, même si pour cela, je dois paraître froide et insensible. C’est au contraire tout l’inverse.

Je profite de chaque jour avec plus d’intensité qu’avant. Même fatiguée, à bout à cause des bêtises des minimoys, j’en profite à fond ! J’étais déjà une mère un peu laxiste sur les punitions désormais je suis à l’opposer de « supernanny » (dédicace à spizmum), une tache de nutella sur la couette blanche fraîchement lavée ? Pas grave, un tour en machine, et un « fait attention s’il te plait » on fait place aux « mais fais gaffe ! Tas pas vu qu’elle était lavée ! Et en plus pas de nutella avant de manger ! « . Je ressemble plus à une hippie qu’à une harpie lol dixit supermec !

Je suis encore plus amoureuse de supermec . Il est là pour moi, c’est mon pilier, mon épaule pour pleurer. Sur lui, je déverse tout ce qui me fait mal, je lui parle de mes séances psys pour l’aider, je lui dois de tenir et de remonter à lui aussi. Il a toujours les mots justes sur ce qui nous est arrivés, sur la façon dont j’ai changé.

Voilà en fait le bilan montre que j’ai changé. Changer pour me protéger et protéger ce qui compte à mes yeux. Me construire une carapace pour tenir, pour grandir bref pour vivre !

Et vous les mamanges et papanges, en quoi avez-vous changés ?

 


3 réflexions sur “Changer.

  1. Je trouve aussi que j’ai changé, et je remercie souvent mon ange d’avoir fait de moi une personne que je trouve meilleure qu’avant… Je pense que nous avons traversé les pires moments et comme toi je relativise beaucoup sur tout. Bien sur, 7 ans après, je recommence à m’énerver pour des futilités parfois, mais je pense que nous appréhendons plus sagement ce que peut nous réserver la vie. Et pour ce qui est de faire plaisir aux enfants, c’est tout à fait vrai… Et pour mon mari, ça n’a fait que renforcer l’amour que je lui porte, on a survécu ensemble, on rend hommage à notre fils en s’aimant comme quand il est parti…

  2. Oui, pour moi aussi, je pense que j’ai gagné en gravité et en légèreté tout en même temps.
    Je dois dire, malgré tout, qu’avec le temps, je redeviens moins anxieuse pour les enfants (mais je le reste quand même beaucoup!), je les lâche mieux qu’après la perte de mon bébé, où le danger me semblait permanent. Le temps apaise le traumatisme et, si je n’oublie rien, j’ai repris confiance en la vie.
    Soyons franche, j’ai toujours le même caractère de cochon!
    J’ai pour mon mari un respect et un amour sans doute beaucoup plus profond qu’avant, ce qui n’empêche pas les engueulades 😉
    Ce qui est différent, profondément, c’est la marque que ma fille a laissé, le sens que je veux donner à ce décès. Je ne crois pas qu’il y ait de sens à la base, que la mort d’un enfant puisse en avoir un est trop douloureux pour moi. Mais je pense que JE peux donner un sens à ce qui est arrivé.
    Pour moi, je souhaite que ce soit par une ouverture aux autres, à leurs souffrances, à ce qu’ils vivent. Ma fille m’accompagne pour savoir mieux écouter, accepter, accompagner.
    C’est dans cet esprit que je suis devenue bénévole écoutante, que je fais des cartes en mémoire des bébés décédés… Je pense qu’à terme je m’intéresserai aussi aux autres deuils, à d’autres formes de souffrance. Mais j’en suis là de mon chemin, et ma petite m’accompagne vers ce que j’espère être plus d’humanité.

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