Être mamange c’est quoi ?


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En premier, il faut savoir que les termes « mamange, papange et parange » n’ont aucune définition officielle et que ses mots n’existent pas dans le dictionnaire … Non, il existe bien des mots parlant de la perte d’un être cher tel qu’orphelin, veuf, etc mais aucun mot pour les parents endeuillés … Non, la perte d’un enfant n’a pas de mot, peut être parce que la douleur ressentie à ce moment-là est indescriptible … Toujours est-il que je suis une mamange .

 

 

Être mamange c‘est quoi pour moi ? 

 

Je suis mamange depuis deux ans … Deux longues et à la fois très courtes années … Mon Milan s’est envolé à 38 semaines de grossesse, depuis chaque jour est un combat quotidien pour vivre sans lui, pour vivre avec lui.Au quotidien cela se traduit par des hésitations, lorsque l’on me demande combien j’ai d’enfants. Car qu‘elle que soit la réponse, elle ne me convient pas. Dire 4, c’est mentir, à moi-même, à lui, à notre famille. Mais dire 5, c’est parfois prendre en pleine figure que non en vrai, on est 4 car les gens sont persuadés que Milan ne compte pas.

Il y a peu, un de mes collègues a perdu sa petite fille, et beaucoup de collègues en ont parlé devant moi. Et certaines phrases prononcées m’ont choqué, peinée pour lui, et pour tous ses parents frappés par le deuil d’un enfant. Son bébé avait de graves soucis de santé, donc lorsque son petit cœur s’est arrêté à 8 mois, certains n’ont rien trouvé de mieux à dire que : la nature est vachement bien faite ! Avec un tel bébé, cela aurait été compliqué ! Ils sont jeunes, ils en referont un ! 
Mais bordel ! Aussi difficile que la vie de leur bébé aurait été, c’était leur choix de la garder, de l’aimer ! Alors arrêtez de négliger ça ! Ils ont perdu un enfant ! Rien de plus, rien de moins !

 

J’ai du mal également avec les questionnaires, qu’ils soient pour des papiers officiels ou pas. Ceux où le nombre d’enfants est à noté, ceux où l’on note chaque date de naissance avec fierté, ceux où je ne peux pas mettre Milan, car sa date de naissance est celle de son décès … Hormis pour nous, j’ai parfois non souvent l’impression qu’il ne compte que pour nous et ça s’est dur, très dur.

Être mamange, c’est aussi pour moi regarder des enfants de l’âge qu’aurait Milan en me posant tout un tas de questions . Marcherait-il? Serait-il plus câlin avec moi ou avec super-mec ? Comment seraient ses frères avec lui ? Aimerait-il le toboggan ? Autant de réponses qui n’auront jamais de réponses . Alors je vis avec, je vis au mieux, et je souris .Même si parfois j’ai juste une envie furieuse de hurler et de pleurer..

C’est aussi avoir 3 jours dans l’année où je sais pertinemment que je vais être mal ! Au lieu d’avoir une journée pour fêter un anniversaire, j’ai trois jours qui me rappellent ce que j’ai perdu, ce que je ne fêterai pas …

C’est combattre au quotidien des a priori sur le fait que Milan s’il n’est pas né en vie, et bien, il n’est pas. Il est pour moi et supermec, il est un frère pour les minimoys, il fait partie intégrante de notre famille !  Ce n’est pas facile tous les jours, devoir faire comme si tout allait bien, comme s’il ne me manquait pas, mais je m’accroche à la vie, à l’amour des miens et à l’amour qu’ils portent eux aussi à Milan.

J’en parle souvent, mais je veux que mon fils soit fier de moi, de sa famille et de l’amour que nous lui portons. Et ce qui me touche, c’est lorsque les minimoys sortent le soir, et me montre une étoile en disant tout simplement : c’est l’étoile de Milan, bonne nuit Milan ! 

Car oui, j’ai acheté une étoile ! Oui, je suis ce genre de femme et de mère qui pense qu’elle peut acheter l’univers ! Mais la symbolique pour moi est telle que je me fiche de ceux qui pensent que c’est futile, égoïste ou de l’argent gâché ! Mon fils a une étoile située de telle façon que je peux la montrer aux minimoys, et même que j’ai osé faire planter un arbre à son nom aussi ! 

 

 

Voilà, je suis mamange, cela signifie que je vis avec un trou béant dans mon cœur qui ne sera jamais refermé, je vis avec un enfant que je ne peux pas prendre dans mes bras, mais je vous rassure, je vis en aimant profondément cet enfant, mon Milan ! 

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4 réflexions sur “Être mamange c’est quoi ?

  1. C’est extrêmement choquant ce que tes collègues ont dit, même si je n’ai jamais perdu d’enfant, jamais j’aurai dit une chose pareil, un enfant même mort né, reste un enfant

  2. ces remarques s’entendent si souvent et ouvrent un peu plus la plaie à chaque fois … j’élude aussi la question du nombre d’enfants en répondant que j’ai mon grand garçon et ma jeune fille.
    concernant le nom, Lynda Lemay en a fait une très belle chanson, « y’a pas de mots »
    bon courage et jolis gestes pour l’étoile et l’arbre

  3. Bonjour,

    Je suis également une mamange (mon premier enfant) et seul mon mari sait. On n’a rien dit pour éviter les propos déplacés.
    Mon enfant grandissait anormalement. J’ai refusé « l’aspiration » (terme qui ne me plaît pas), prescrite par mon gynéco. J’ai prié en disant : « Mon Dieu, si l’enfant que je porte n’est pas « viable », faites qu’il me quitte. » J’ai fait une fausse couche à 5 ou 6 semaines de grossesse, en octobre 2003.
    J’ai ensuite eu trois enfants (décembre 2004, avril 2006 et mars 2008).
    Et voilà qu’après 5 jours d’hospitalisation (du 19 au 24 août), ma plus jeune fille est décédée d’une méningo-encéphalite (inflammation des méninges et du cervelet).
    Oui, les propos déplacés ne manquent pas, du style de ceux que vous rapportez : « Il vaut mieux qu’elle soit morte plutôt que lourdement handicapée à vos côtés », « Jetez toutes ses affaires, ne gardez rien ! » Comme si nous pouvions rayer de notre histoire familiale notre fille en quelques minutes.
    Elle était juste extraordinaire, avec deux grands yeux malicieux, une grande intelligence (un an d’avance à l’école), des réflexions d’adulte sur la mort, … Elle avait tout. Ses rires, sa bonne humeur nous manquent considérablement.
    Voir des familles avec 3 enfants est pour moi un supplice parce que je n’arrive pas à me faire à l’idée que nous ne sommes plus « que » 4… Pourtant, il faut que j’apprenne à vivre comme ça, à me réjouir d’avoir encore deux enfants, en pensant aux femmes qui ne peuvent pas connaître le bonheur de la maternité…
    Que les familles savourent pleinement la vie avec plein d’enfants…

    Cordialement.

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